Il est parti sans que je ne lui dise rien d’important.
Des phrases laconiques en détournant les yeux. 
Je ne voulais pas l’accabler du déchirement que mes mots
auraient trahi.
Ses derniers moments, je les revois tels qu’on me les a décrits.
 
L’enfant est là, paralysé au pied du lit d’hôpital qu’on a fait installer
dans le salon. Il s’efforce de ravaler la boule qui résiste dans sa gorge.
Le mot « papa » qui cherche en vain à se frayer un passage.
 Le mot « papa » qu’il ne parvient pas encore à expulser, au milieu
 de ses nuits insomniaques.
 
Sa femme caresse la main qui, déjà, ne répond plus,
murmurant des « je t’aime mais j’accepte »,
au cas où l’oreille agonisante entendrait. Car il est important
qu’il parte le coeur en paix.
 
Quinze années de bonheur tranquille
en train de s’éteindre, tout bonnement,
comme une bougie sous un souffle.
 
Moi?
J’étais retenue à la maison.
 
Par ma lâcheté.