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(Brigitte Breton – Le Soleil)

(Québec) Le verdict lourd et sévère prononcé dans l’affaire Shafia a un triple effet. De un, il rappelle à une poignée d’immigrants que le Canada est ouvert aux différences, mais pas au crime d’honneur. De deux, il rassure les Canadiens qui croyaient leur système de justice affaibli par des considérations culturelles et religieuses. Et enfin, il invite les services policiers, de protection de la jeunesse et les écoles à peaufiner leurs interventions auprès des immigrants.

 

Les propos du juge Robert Maranger sont sans équivoque. «Il est difficile de concevoir un crime plus ignoble et plus haineux. La raison apparente de ces meurtres honteux commis de sang-froid est que ces quatre victimes totalement innocentes avaient outragé votre concept tordu de l’honneur, lequel n’a absolument pas sa place dans une société civilisée.»

 

Le message doit être bien saisi et bien relayé à tous ceux qui décident de s’installer au Canada et à ceux qui croient qu’ils peuvent transposer intégralement ici leur mode de vie. Le pays a certes une tradition de tolérance et ne craint pas le multiculturalisme. Le Canada est aussi doté d’une Charte des droits et libertés qui protège la liberté de conscience et de religion.

 

Mais les nouveaux arrivants ou les citoyens qui pigent dans l’intégrisme religieux ou s’inspirent de repères culturels d’un autre âge doivent également savoir que l’égalité entre les hommes et les femmes prévaut ici, et que notre Code criminel punit ceux qui s’en prennent à la sécurité et à la vie d’autrui.

 

Le verdict a aussi de quoi apaiser les craintes de ceux qui croient à tort que les valeurs fondamentales du Canada et ses lois peuvent être contournées au nom de la liberté religieuse et du multiculturalisme. Une peine de 25 ans de prison place les choses dans une juste perspective. Elle indique clairement qu’un acte criminel ne peut rester impuni au Canada. Le pays dispose de balises.

 

Si le dénouement rassure sur la solidité de nos lois et de notre système judiciaire, l’affaire Shafia nous impose toutefois de réfléchir et d’évaluer si le milieu scolaire, les services policiers et les directions de la protection de la jeunesse traitent de façon efficace et optimale les dossiers impliquant des immigrants.

 

A-t-on fait tout ce qu’il fallait pour éviter que Rona Amir Mohammad, Zaïnab, Sahar et Geeti Shafia échappent aux desseins vengeurs et meurtriers de Mohammad Shafia, Tooba Mohammad Yahya et Hamed Shafia?

 

Le personnel scolaire a procédé à des signalements à la Direction de la protection de la jeunesse. Celle-ci est intervenue, mais le dossier a été clos. La police a fait de même. Serait-il possible, tout en évitant de stigmatiser et de soupçonner toutes les familles d’immigrants, de prévoir un meilleur mécanisme de suivi des plaintes?

 

Les réponses arrivent trop tard pour les quatre femmes de la famille Shafia. Notre vigilance peut toutefois sauver d’autres vies