Une clinique permet de s’inscrire au sans rendez-vous sur Internet pour 10 $

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Éric Yvan Lemay

Journal de Montréal, Publié le: vendredi 10 février 2012, 21H09 | Mise à jour: samedi 11 février 2012, 9H58

Payer pour éviter l’attente

 

Mélissa Lapolice a dû sortir sa carte de guichet en plus de sa carte d’assurance-maladie, hier, à la polyclinique médicale Pierre-Le Gardeur. Elle s’est enregistrée la veille par Internet pour être certaine d’avoir une place à la clinique sans rendez-vous. Ben oui! Elle a payé pour un service gratuit.

 

Des délais payants

L’attente dans les cliniques sans rendez-vous est payante pour certains entrepreneurs, qui sont de plus en plus nombreux à offrir des « solutions de gestion de l’attente ».

 

Avant la polyclinique Le Gardeur, une entreprise de Laval avait mis au point un logiciel permettant aux patients d’être appelés juste à temps pour la consultation plutôt que de poireauter des heures dans la salle d’attente.

 

TechnowaiT est implanté dans sept cliniques de la grande région métropolitaine, dont celle située tout près de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

 

Une autre petite entreprise, ChronoMetric, compte également offrir un système de bornes permettant au patient d’être appelé sur son téléphone cellulaire.

 

Demande

Selon le président de TechnowaiT, Pierre Lafrance, il y a une demande grandissante pour ce genre d’offres. « Les gens adorent notre service », assure-t-il. Ceux qui peuvent se le payer, oui!

Les frais de 3,99 $ sont facturés directement sur le compte de cellulaire. Ce qui monte les frais à $14.00! Il se défend de profiter des longs délais d’attente. Ah oui?! Mdr!!!

 

« Notre mission, c’est d’aider les gens, Aider? les soulager de l’attente qui est déjà assez difficile », dit-il.

L’ingénieur qui a lancé son propre logiciel ne l’a pas fait pour devenir « multimillionnaire ». Non, mais ça garnit son portefeuille!

 

Il gère son entreprise avec seulement quelques sous-traitants et prévoit embaucher des stagiaires. « Si l’attente venait à disparaître, je serais le plus heureux, même si c’était malheureux pour la business. Facile à dire, sachant que l’attente ne disparaitra jamais!

 

Plusieurs patients paient 10 $ pour voir un médecin sans attente au sans rendez-vous de la polyclinique Pierre-Le Gardeur. Pour ce prix, on leur offre de s’inscrire sur Internet la veille et d’être avertis par message texte une demi-heure avant leur consultation.

 

Même s’il semble (semble?) aller à l’encontre de la gratuité des soins publics, le système mis en place, en décembre, a gagné bien des adeptes. « C’est formidable. Même si ça coûtait 20 $, je l’aurais fait », dit Audrey Cloutier, une résidente de Repentigny rencontrée au comptoir de la polyclinique. C’est ça, la bien nantie! Encourage-les à hausser les frais!

Luc Lasalle

Médecin

Patients avertis sur leur cellulaire

Pour le Dr Luc Lasalle qui a travaillé à l’implantation de ce premier projet du genre au Québec, il est clair que c’est une solution qui a de l’avenir. Tiens donc! L’illégalité a de l’avenir! Il a travaillé avec Pierre Marchessault de l’entreprise SMS Service mobile de santé pour développer un logiciel qui appelle les gens dès que leur tour approche.

 

Selon lui, les gens sont prêts à payer s’ils n’ont pas à attendre de longues heures dans une clinique bondée. Pratique de généraliser! « C’est comme lors d’un concert de McCartney. Il y a des gens qui attendent dehors à la billetterie et d’autres qui tentent leur chance en ligne. Intelligent, cette comparaison! De toute façon, on est obligés de refuser des patients », soutient le Dr Lasalle.

 

Inscription la veille

Selon lui, la pression dans la salle d’attente a baissé d’un cran depuis la mise en place du système. Et la pression de ceux qui n’ont pas payé, elle a baissée, vous pensez? Selon les disponibilités des médecins, on détermine combien de places seront offertes sur Internet.

 

Le problème se pose toutefois pour les personnes qui n’ont pas de cellulaire. Alors que c’était complet, hier, on a suggéré à un couple âgé de s’inscrire en ligne. L’homme a toutefois dû abandonner l’idée puisqu’il n’avait pas de téléphone portable. « Ça peut être le cellulaire de votre fils ou d’un ami. Qui ne connaît pas quelqu’un qui a un cellulaire de nos jours ? », demande le Dr Lasalle. Plein de monde, docteur!

 

Vérifications de la RAMQ

L’initiative est toutefois loin de faire l’unanimité. La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) a d’ailleurs eu un entretien, hier, avec le fondateur de l’entreprise pour s’assurer que tous les frais étaient légaux.

 

« C’est comme dans les coopératives. Un membership ne devrait pas donner plus accès à un médecin ou plus rapidement à une plage dans le sans rendez-vous. C’est hors la loi », dit le porte-parole de la régie, Claude Morin. Il dit toutefois que les services juridiques devront déterminer si cette pratique est légale. Pourtant simple: c’est illégal de donner la priorité à ceux qui paient pour les soins de santé au Québec!

 

Pour Cory Verbauwhede de l’association Médecins québécois pour le régime public, il faut une intervention plus costaude de la RAMQ. « Les médecins ne peuvent pas négocier sur deux tableaux.  C’est le patient qui est pris en otage dans ce cas-là. Il devrait y avoir une interdiction stricte de facturation aux patients. Malheureusement, il y a un manque de volonté politique », croit-il. Voi-là! Depuis des années, le gouvernement encourage ces pratiques en fermant les yeux. Et quand c’est dénoncé, le ministre Bolduc dit qu’il va y voir mais s’en lave les mains. La preuve: la coopérative santé à Gatineau. Depuis 2008 que M. Bolduc se dit “préoccupé” de la situation.

 

“Une contribution financière exigée de quelque manière que ce soit à une personne assurée pour avoir accès ou avoir une priorité d’accès à un médecin contrevient à la Loi sur l’assurance maladie». Ça ne peux être plus clair, il me semble.

Alors pourquoi la RAMQ tergiverse quand il s’agit de faire respecter sa propre loi?