Cameroun/ Biodiversité –

Article publié le : vendredi 17 février 2012 – Dernière modification le : vendredi 17 février 2012

Abattage sauvage de quelque 200 éléphants dans le parc de Bouba Njida

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Regardez cette photo et dites-moi si le comportement de l’être humain ne vous donne pas la nausée à vous aussi. Tout ça pour vendre l’ivoire de ces pauvres éléphants afin de s’acheter des armes pour régler leurs conflits!

Qu’attend le gouvernement du Cameroun pour agir? Peut-être que ce n’est pas si important, après tout!

Le parc national de Bouba Ndjida, d'une superficie de 220000 ha, est le plus grand du pays mais aussi le plus isolé, ce qui facilite les massacres d'éléphanteaux.

Le parc national de Bouba Ndjida, d’une superficie de 220000 ha, est le plus grand du pays mais aussi le plus isolé, ce qui facilite les massacres d’éléphanteaux.

Safari lodge Boubandjida

Par Sarah Sakho

Quelque 200 bêtes au moins ont été abattues depuis la mi-janvier, soit le tiers de la population du parc de Bouba Njida -d’après le recencement de wwf, 2007. Les dégâts pourraient même être bien plus graves car le nombre exact de bêtes tuées est difficile à évaluer. Selon les derniers témoignages, des éléphanteaux, désorientés après l’abattage de leurs parents, et des éléphants blessés ont été aperçus errants dans la réserve. Ils pourraient encore alourdir ce bilan dans les prochains jours.

Les braconniers traversent la frontière du Tchad à la recherche d’ivoire et opèrent au vu et au su de tous. Ils entretiennent d’ailleurs de bonnes relations avec les locaux qui récupèrent la viande d’éléphant pour la consommer et ils leur vendent des vivres. Ceux qui les ont croisés décrivent des groupes d’hommes à cheval parlant arabe, d’origine soudanaise, lourdement armés, certains de kalachnikov. Ils évolueraient par petits groupes; une horde de 50 cavaliers a également été aperçue.

 

« L’ivoire est sortie de l’Afrique de l’Ouest et du centre vers les marchés asiatiques et européens. Les bénéfices de ce trafic servent à l’achat d’armes pour des conflits régionaux, particulièrement au Soudan et en République centrafricaine » explique le Fonds pour le bien-être animal dont les propos sont rapportés par la Presse canadienne.

 

Des proportions devenues très inquiétantes.

Au Cameroun, le phénomène est récurrent en période de saison sèche, plus propice aux déplacements en brousse ; mais, cette année, il a pris des proportions très inquiétantes.
L’absence de réaction adéquate expliquent en partie cette chasse sauvage, de l’aveu même des autorités locales. “ Nous avons saisi le gouvernement afin que des mesures plus grandes soient prises pour empêcher ce qui est un véritable désastre » a ainsi affirmé le gouverneur du Nord au quotidien gouvernemental.

 

En effet, ni la demi-douzaine d’écogardes du parc, ni les éléments de l’armée présents sur place, ne font le poids face à ces cavaliers qui maitrisent parfaitement la savane, dorment à la belle étoile et se déplacent à cheval. Interpellées par Rfi sur la question, les autorités camerounaises expliquent par la voix de leur porte-parole, le ministre Issa Tchiroma Bakary, que des concertations sont nécessaires avec le Tchad notamment puisqu’il s’agit d’une question transfrontalière. Les massacres se poursuivent donc en toute impunité.

 

L’espèce pourrait disparaître de cette région d’ici 2 ans

A Yaoundé, les spécialistes de la faune et des diplomates occidentaux en poste tirent la sonnette d’alarme. L’Union européenne, l’ambassade des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni ont appellé cette semaine les autorités à prendre des mesures pour mettre fin au braconnage. Les éléphants sont une espèce protégée dont la population diminue d’une année à l’autre: en 2007, leur nombre était évalué entre 1000 à 5000 individus selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. Si rien n’est fait, l’espèce pourrait disparaître de cette région d’ici 2 ans affirment des spécialistes.